Conseil #1. Utiliser avec beaucoup de précaution le terme bien-être animal (ou ne pas l’utiliser du tout)
Le terme animal welfare washing désigne spécifiquement l’utilisation abusive du terme « bien-être animal ». Chez Symbiocène, nous faisons très attention lorsque nous employons ce terme.
Sur un milliard d’animaux tués chaque année en France, 80 % sont confinés dans des élevages intensifs sans accès à l’extérieur.
Ce mode d’élevage nous paraît incompatible, tant avec la définition du bien-être animal définit par l’Anses en février 2018 : « État mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que ses attentes » qu’avec celle de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) qui reprend ce concept afin de faire ressortir les 5 libertés fondamentales indispensables pour le bien-être d’un animal :
- Absence de faim, de soif et de malnutrition
- Absence de peur et de détresse
- Absence de stress physique et/ou thermique
- Absence de douleur, de lésions et de maladie
- Liberté d’expression d’un comportement normal de son espèce
Pourtant, nous avons vu fleurir cette dernière année des entreprises agro-industrielles mettant le bien-être animal au cœur de leur raison d’être (y compris des sociétés à mission. Sic).
Au regard de ces définitions, nous pensons qu’elles devraient plutôt s’engager à « réduire la souffrance animale » ou à « améliorer les conditions d’élevage et d’abattage », formules qui nous semblent plus appropriées et plus honnêtes.
Conseil #2. S’interdire l’atmospheric washing (même si c’est tentant)
Dans la foulée du conseil #1, nous observons très souvent dans le secteur agro-industriel des visuels mettant en scène des animaux libres et heureux, dans une prairie verdoyante pour illustrer l’idée d’un élevage « plein air », biologique ou promouvant des labels de qualité.
Rappelons que ces labels ou appellations ne garantissent pas le bien-être animal tel que défini plus haut. « L’accès » au plein air ne signifie pas forcément que les animaux l’utilisent, et les cahiers des charges actuels n’interdisent pas les pratiques douloureuses comme l’écornage.
Autre exemple dans le domaine pharmaceutique. Les informations sur les pratiques liées à l’expérimentation animale sont en grande majorité illustrées par une souris blanche, une aiguille et les mains d’un·e chercheur·se. Ces photos issues des banques d’image sont édulcorées et trompeuses au regard des procédures réelles.
Les images doivent refléter la réalité des conditions de vie, et non l’imaginaire fantasmé. Les agences de communication doivent être (mieux) formées à ces questions.
Conseil #3. Bannir la mention « respect des animaux »(comme on a utilisé à tort la mention « respect de la planète »)
La version 2023 du Guide des allégations environnementales du Ministère chargé de la Consommation indique qu’il est interdit de faire figurer sur un produit ou un emballage la mention « respectueux de l’environnement” ou toute autre mention équivalente. En effet, un produit ne peut pas respecter l’environnement. L’approche « cycle de vie » nous indique qu’il a forcément un impact négatif sur celui-ci.
Si l’on considère les impacts indirects d’un produit ou d’un service sur les animaux, la réflexion nous semble la même : tout produit a un impact sur les écosystèmes, et donc, sur la qualité de vie des animaux. Lorsque l’on regarde de plus près une activité, la liste des animaux utilisés et impactés est très longue et ne peut se satisfaire d’une mention aussi globalisante.
Idem lorsqu’une entreprise utilise des matières d’origine animale (MOA), elle ne peut pas mentionner qu’elle respecte les animaux, même si elle s’aligne sur les hauts standards de l’élevage, pour les raisons évoquées plus haut.
A ce jour, le guide du Ministère ne mentionne pas encore les animaux. Mais Il y a fort à parier que la prochaine mise à jour du document intégrera des recommandations à ce sujet.
Pour conclure, l’éthique animale est un sujet complexe, encore très mal appréhendé au niveau de l’entreprise qui la réduit à l’aspect technique (bien-être animal, biodiversité). Tirant les enseignements des abus du greenwashing qui a contribué à dégrader la confiance des messages émis par les entreprises, nous invitons les instances de régulation telles que l’Ademe, l’ARPP et le Conseil National de la Consommation à se saisir du sujet dès que possible pour éviter la vague d’animal welfare washing qui se prépare.
« Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, alors ils changent les mots » – Jean Jaurès
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